Les 3R

La raréfaction des matériaux

Concours 

1 - Des ressources tarissables :

Moins médiatisée que les enjeux énergétiques, la raréfaction des matériaux apparaît pourtant comme l’un des défis majeurs du XXIème siècle. Les métiers de la construction n’y échappent pas : parmi les ressources naturelles menacées, on estime notamment que les gisements de zinc seront épuisés d’ici à 2023 et 2040 pour le cuivre (concerne les gisements accessibles avec notre niveau de technologie actuelle). 

Le sable, 2ème ressource naturelle la plus consommée sur la planète, représente aujourd’hui un enjeux économique énorme. En effet les carrières terrestres ne suffisent plus à répondre à une demande exponentielle, elles sont soient épuisées, soit leur exploitation sont devenues incompatibles avec les nouvelles normes environnementales. C’est pourquoi nous assistons à un pillage du sable marin et à des trafics, notamment en Asie, où des milliards de tonnes de sables sont exploités illégalement. Le sable n’est pas une ressource inépuisable et sa surexploitation actuelle provoque aussi des désordres écologiques. 

 

2 - Des tonnes de déchets :

D’après des études du SOeS (lié au ministère de l’environnement), le secteur du bâtiment génère environ 40 millions de tonnes de déchets par an dont plus de 90% proviennent des travaux de déconstruction et de réhabilitation. Sur ces 40 millions de tonnes, 1/4 sont des déchets de second oeuvre qui ont du mal à être valorisés car moins bien triés. 

En 2015 Paris a collecté 1,1 million de tonnes de déchets, dont 7% de multimatériaux (79 000 tonnes) et 8% de déchets occasionnels (85 000 tonnes) comportant régulièrement des gravats de chantiers. Actuellement les déchets collectés par la ville sont traités de 3 manières différentes, à hauteur de 17% pour le recyclage, 78% pour l’incinération et 5% pour l’enfouissement. 

3 - Des prescriptions appuyées par le gouvernement :

La loi de transition énergétique pour la croissance verte fixe comme objectif de recycler 70% des déchets du BTP en 2020.

Décret 2016-288 du 1O Mars 2016 : les distributeurs de matériaux doivent récupérer les déchets de leur clients (concerne les négoces d’au moins 1 millions de CA et avec une surface de vente d’au moins 400 m2).

Janvier 2017 : loi à caractère d’intérêt général. Risque d’une amende de 7500€ et 2 ans de prison ferme en cas de non respect.

Notre projet est né sur ce constat clair et sans appel : face à la raréfaction des matériaux, les métiers du BTP se doivent de modifier leurs méthodes de construction et favoriser des matériaux issus de l’économie circulaire ; la réutilisation, le réemploi et le recyclage des matériaux de constructions ne sont plus une alternative, ce sont 3 traitements d’avenir. 

La notion de déchet reste cependant très négative dans la conscience collective. Afin d’appréhender ce que l’on jette comme une ressource, il est nécessaire que notre société change de regard. Réutiliser, réemployer ou recycler permet de préserver les ressources naturelles, de réduire les volumes de déchets ultimes produits et de développer de nouvelles filières économiques ; les déchets prennent ainsi place au coeur de l’économie circulaire. 

La valorisation :

Les ressourceries et recycleries sont des structures associatives qui collectent les dons d’objets (textiles, meubles, livres…) pour leur donner une seconde vie. Leur activité participe aussi au développement du réemploi à Paris, aux côtés d’autres acteurs associatifs et professionnels. Au total, les 8 recycleries parisiennes ont permis en 2015 là de détourner de l’incinération ou de l’enfouissement environ 2 916 tonnes (soit+27 % par rapport à 2014). Ces structures, soutenues par la Mairie sensibilisent les habitants sur ces pratiques et sont génératrices d’emplois locaux. La Mairie de Paris élabore également un Schéma Directeur des Déchets de Proximité et du Recyclage (SDDPR), visant notamment à favoriser l’implantation d’une recyclerie par arrondissement. Elle soutient aussi d’autres projets associatifs en lien avec le réemploi et la réparation, comme les bricothèques et des ateliers de création associatifs.

Le site metabolisme.paris.fr propose d’ailleurs de nombreux exemples, associations ou acteurs de la réutilisation, du réemploi ou du recyclage à l’échelle du grand paris sur des domaines divers et variés. 

Qu’en est-il pour les métiers de la construction ?

Des acteurs existent au sein de la région Ile-de-France, votre excellente exposition «Matière Grise» a d’ailleurs permis de les mettre en lumière (nous pensons entre autres à Bellastock, Les Bâtisseurs d’Emmaüs, etc...). Notre projet s’inscrit dans la mouvance de l’économie circulaire et dans la continuité de ce qui existe dans le Grand Paris. 

Même si, aujourd’hui la communication autour du réemploi et du recyclage s’accélère, la mise en pratique dans le secteur du bâtiment reste marginale. Nous avons réfléchi à la place de l’architecte dans ce circuit : il est primordial d’être moteur et exemplaire. Lors de nos recherches nous avons constaté l’absence d’un intervenant ou d’une plate-forme qui organiserait la collaboration des acteurs du secteur entre eux et avec les services publics. Qui mieux que l’architecte pour remplir ce rôle ?